top of page
Rechercher

La Western Azuréenne 2026 - Compte rendu

Photo du rédacteur: Antoine Au-Job
Antoine Au-Job
26 avr.
10 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 août

Ultra-Trail

161km, 5100m d+, 23h11'01''

10/04/2026, Grimaud (France)

23ème /129 partants (82 finishers)





S'il devait en rester qu'une, ça serait celle-ci : la Western States Endurance Run (WSER).

En 2021, je suis tombé par hasard sur le film "Unbreakable : The Western States 100", un documentaire de presque deux heures retraçant l'histoire de l'édition 2010 de la WSER. Dans cette course, on y découvre un Kilian Jornet déjà double vainqueur de l'UTMB et jeune étoile montante de l'ultra-trail. Face à lui, trois des meilleurs coureurs de fond du monde. Hal Koerner, double vainqueur sortant de la WSER ; Geoff Roes, qui n'avait alors jamais été battu sur une course de 100 miles ; et Anton Krupicka, invaincu dans tous les ultramarathons où il s'était présenté. À l'époque, je ne connaissais rien au trail et encore moins à l'ultra-trail. Je découvris avec émerveillement cette course américaine. La Western States Endurance Run, communément dénommée Western States 100, est un ultramarathon de 100 miles (161 kilomètres) et 5250m d+ qui prend place dans la Sierra Nevada en Californie chaque année, le dernier week-end du mois de juin. L’épreuve a été fondée après l'initiative de Gordy Ansleight qui décida, en 1974, de rallier en courant l'arrivée d'une course équestre qui empruntait un parcours similaire. Gordy voulait simplement prouver qu'il pouvait parcourir à pied, plutôt qu'à cheval, l'épreuve d'endurance équestre du Western States Trail Ride. Il est ainsi devenu en 1974 le premier homme à avoir parcouru les 100 miles de la course en 23 heures et 47 minutes. L'année suivante, un autre coureur relève le même défi mais il ne parvient pas à terminer le parcours. En 1976, un troisième coureur s'élance et franchit la ligne en dépassant de 30 minutes la limite des 24 heures. En 1977, une épreuve indépendante est créée et 14 coureurs prennent le départ. Au fil des années, cette course devient l'un des principaux événements d'ultramarathon de l'histoire et sa création est aujourd'hui considérée comme l'un des événements fondateurs de la discipline. Elle est l'un des quatre monuments de l'ultra-trail avec la Hardrock 100, l'Ultra Trail du Mont-Blanc et le Grand Raid de la Réunion. C'est donc comme ça que j'ai découvert l'ultra-trail, en regardant une vidéo complètement lunaire de mecs courant 160 bornes en plein coeur des canyons arides de la Sierra Nevada sur des pistes destinées, à la base, à une course longue-distance pour chevaux. Tout cela dans aucun but précis hormis celui de prouver. Je me suis alors dit, de manière tout à fait rationnelle, "c'est exactement ça que je veux faire". Depuis ce jour-là, je cultive une fascination particulière pour la course à pied longue distance et notamment les courses à l'américaine : minimalistes, atypiques, rustiques, authentiques, indépendantes, à taille humaine, avec un nombre de participants très limité, des barrières horaires serrées, se déroulant dans des grands espaces sauvages, dans des conditions arides, en moyenne et basse altitude, sur des sentiers roulants, rapides, et avec des dénivelés modérés. Mais il n'y a pas beaucoup de courses comme cela en Europe. Pour ne pas dire aucune. C'est donc avec beaucoup d'excitation que j'ai appris, en fin d'année 2025, la création en France d'une course inspirée, d'un point de vue du parcours et de la philosophie, de la légendaire Western States Endurance Run américaine. Elle devrait se dérouler sur les pistes DFCI du sud de la France au mois d'avril prochain. Son nom : la Western Azuréenne.


Jeudi 9 avril

Nous sommes sur l'A7 et allons bifurquer sous peu sur l'A8 à l'approche d'Aix-en-Provence. Toute la famille est là, les parents, ma soeur et Charlie. La course est un prétexte pour passer du temps en famille, partir en vacance ensemble. Le sud de la France, le golfe de Saint-Tropez, est idéal pour ça. Le but est de mêler course à pied et visites touristiques. Le voyage se déroule parfaitement et nous arrivons à Grimaud un peu avant 16h. Nous nous installons dans l'appartement situé sur les hauteurs de la ville, pas très loin du château en ruine qui domine la cité. Peu après, nous divaguons entre les différents canaux fluviaux de Port-Grimaud et profitons de la plage. Le temps est parfait. Et les touristes ne sont pas encore arrivés, c'est idéal. Avant de rentrer, nous faisons quelques courses pour la fin de semaine.


Vendredi 10 avril

Je passe la matinée à préparer les affaires : vêtements, sacs de délestages, ravitaillements, matériels obligatoires, etc. Pendant ce temps, le reste de la famille se balade à Grimaud et les sentiers alentours. À 14h30, le dossard est récupéré est tout est prêt. Je me repose toute l'après-midi. Départ ce soir, à 22h.




La Western Azuréenne est un ultra-trail de 100 miles (161km) et 5100m de dénivelé positif, serpentant sur les pistes DFCI de la forêt du massif des Maures, aux portes du golfe de Saint-Tropez. Les sentiers sont principalement roulants, composés de terre sèche. L'environnement est aride, spécifique du sud de la France. On y retrouve également des passages plus techniques dans des cailloux instables et des roches granitiques lisses et glissantes. Le dénivelé varie entre le niveau de la mer et 615m d'altitude. La trace passe successivement par des cols et des villages méditerranéens typiques qui servent de points de ravitaillements : Sainte-Maxime, Le Plan-de-la-Tour, La Garde-Freinet (village le plus élevé du massif), le col du Perier, La Môle, Cavalaire-sur-Mer, Gassin et bien-sûr Grimaud, village de départ et d'arrivée.

Roadbook ici et parcours complet ici.


Il est 21h30 lorsque le speaker annonce l'ouverture du sas aux coureurs. Après la vérification du matériel obligatoire et le discours d'usage, la musique de départ résonne dans les rues étroites et bondées du somptueux centre-ville du village de Grimaud. Il est 22h quand les 129 coureurs de la première édition de la Western Azuréenne s'élancent dans la nuit printanière de ce doux mois d'avril.



La nuit se déroule parfaitement, en gestion complète selon le plan. Je remonte petit à petit des places à partir du premier point de ravitaillement de Sainte-Maxime, km 20, jusqu'à la première base de vie à la Garde-Freinet, km 62. En substance :

Sainte-Maxime, km 20 : 41ème

Col de Gratteloup, km 34 : 38ème

Le Plan-de-la-Tour, km 48 : 33ème

La Garde-Freinet, km 62 : 30ème


J'arrive à la Garde-Freinet à 05h45 du matin (après 7h45 de course et environ 2000m d+ depuis le départ), dans une salle bondée par les concurrents du 100km. Ces derniers prennent le départ à 06h du matin, soit dans 15min. Je perds du temps à me frayer un chemin à travers la foule et à trouver mon sac de délestage, sans aucune aide, au fond de la salle. L'ambiance est un peu confuse entre les centaines de participants du 100km prêts à prendre le départ et les quelques concurrents du 100 miles présents au même moment, dont je fais parti, qui cherchent désespérément les bidons d'eau. Après plusieurs minutes de recherches et de flottements (personne ne me donnait une réponse claire), je me rends compte que l'eau se trouve à l'extérieur du bâtiment. Après avoir rempli les flasques puis re-déposé le sac de délestage à l'endroit prévu, je repars quelques minutes avant le départ du 100km.

Le soleil commence à se lever, une mer de nuage tapisse les vallées et flotte entre les différents monts du massif des Maures. Alors que j'ai passé la nuit plus ou moins seul, au petit matin un petit groupe se forme naturellement au fil des kms. J'arrive vers 08h40 au col du Perier, km 83, en 24ème position en compagnie d'Adeline et de Romain. Nous repartons ensemble et combinons nos forces pour arriver à la prochaine base de vie, celle de la Môle, km 96. Chose faite à 10h34 après 12h34 de course et 2791m d+ depuis le départ. J'y retrouve toute la famille, les parents, ma soeur et Charlie. À partir de maintenant, ils me suivront sur tous les ravitos jusqu'à la fin. C'est rassurant. Et cela évitera les cafouillages comme à la première base de vie, à la Garde-Freinet. Je repars avec Adeline, Romain préférant faire une pause plus longue, direction le col de Canadel.



Le soleil est désormais bien installé, les températures sont agréables. Nous arrivons au col à 12h11 après 14h11 de course et 3344m d+ depuis le départ. D'ici, depuis la bascule, nous avons une vue imprenable sur la mer. Les paysages sont magnifiques, à couper le souffle. Cependant, il faut en garder un peu, de souffle, la course est loin d'être finie. En fait, elle commence juste. Les 100 premiers kms n'étaient qu'un échauffement. C'est maintenant que tout va se jouer. Pour l'instant, la partition est maîtrisée, le plan parfaitement exécuté. Espérons que ça continue ainsi.



La section suivante nous emmène sur une des plages du débarquement de Provence, à Cavalaire-sur-Mer.

Flashback. 14 août 1944, 19h15, Radio Londres lance un message d’alerte codé pour lancer l’offensive :  c’est le début du Débarquement de Provence. Les Forces françaises de l’intérieur (FFI) reçoivent de Londres trois messages dont le dernier, "le chasseur est affamé", signifiant le lancement des opérations. Peu après minuit, tandis que les Rangers américains prennent pied dans les îles du Levant, les premiers commandos français s’emparent du Cap Nègre. À l’aube, un bombardement aérien et naval écrase les batteries allemandes. À 8h, les 3ème, 36ème et 45ème divisions d’infanterie américaines (D.I.U.S.) se lancent sur les plages côtières entre Cavalaire et Saint-Raphaël. La 7ème armée américaine du général Patch, qui comprend les forces françaises de l’armée B commandées par le Général de Lattre de Tassigny débarque en Provence, la bataille commence. C’est l’opération "Dragoon". Les objectifs sont de fixer des troupes ennemies, puis de protéger le flanc droit de l’armée américaine venant de Normandie. Pour des raisons stratégiques, les navires de la flotte alliée se sont réunis au large de la Corse. Ils se sont d’abord dirigés vers Gênes afin de tromper l’adversaire, pour finalement mettre le cap sur la côte provençale, le 14 au soir.

À Cavalaire, le débarquement de Provence a nécessité le déploiement de moyens militaires colossaux : chars d’assaut, ducks (véhicules amphibies), filets anti-sous-marins… Au printemps 1944, les troupes allemandes occupant le territoire craignent une arrivée par la mer des forces ennemies. Pour se préparer à une éventuelle attaque, ils transforment la plage de Cavalaire en un camp retranché. De grandes pyramides en béton appelées "tétraèdres" sont installées afin d’empêcher les chars débarquant depuis la mer, d’avancer vers l’intérieur des terres.

Parmi les soldats ayant débarqués à Cavalaire figure le lieutenant Hubert Germain. Mort à 101 ans, en octobre 2021, il était le dernier compagnon de la Libération (Ordre créé par le Général de Gaulle en 1940). Engagé dès juin 1940 dans les Forces françaises libres, il avait rejoint les rangs de la 13ème Demi-Brigade de la Légion étrangère et avait reçu la Croix de la Libération par le Général de Gaulle en juin 1944.


Photos ci-dessous : © Mairie de Cavalaire-sur-Maire



Nous sommes en début d'après-midi, le soleil tape fort et se réverbère sur le bitume de la piste cyclable menant droit à la mer. Adeline est juste derrière, nous avançons en trottinant sous la chaleur accablante. Nous passons devant le monument réalisé par G. Nadal en hommage aux troupes alliées. La sculpture représente une femme au milieu de deux colonnes symbolisant la liberté (voir photo ci-dessous). Puis, nous entamons la longue traversée de la plage, sur un sable mou où les pieds s'enlisent à chaque pas, pour atteindre le point de ravitaillement, km 118. Chose faite à 13h51 après 15h51 de course et 3500m d+ depuis le départ.



Mon père m'explique que j'aurai dû passer au plus près de la mer, là où le sable est plus dur, au lieu de trébucher comme un guignol dans le sable mou. Lise m'attend pour me ravitailler. Ma mère profite du soleil. Charlie fait des châteaux de sable à côté. Tout va pour le mieux. Je prend le temps de souffler et de faire baisser ma température corporelle en attendant Adeline qui arrivera quelques minutes plus tard. Elle aussi, a besoin de faire un petit break à l'ombre. Romain, arrivait en même temps, repart cette fois-ci avant nous avec son pacer. Nous ne traînons pas plus et repartons, direction le Val d'Astier.

La section est encore vallonée, avec un grand "up and down" afin d'atteindre le prochain ravitaillement. Dans la montée, nous rattrapons Romain puis le doublons dans la descente. La dernière partie de la section est plus agréable, le sentier serpentant à l'ombre d'une forêt. Nous arrivons en plein milieu d'un champs de vignes, km 133. Il est 16h19 et nous sommes au ravitaillement du Val d'Astier.



Romain ne s'arrête pratiquement pas et nous repasse devant à ce moment là. Nous prenons le temps de nous ravitailler comme il faut, puis repartons à l'assaut d'une des dernières grosses difficultés de la journée. En plein soleil, abrupte avec des pourcentages aberrants, cette montée est le juge de paix du parcours. Au sommet, une antenne. En point de mire, comme un phare dans la nuit. Droit devant, droit dans le pentu. Au sommet, un photographe bien sûr. Il n'y a pas meilleur endroit pour prendre des photos avantageuses de chaque concurrents (voir photos ci-dessous).



Nous basculons sur l'autre versant, direction Gassin. La section est encore vallonée et nous arrivons finalement au ravitaillement un peu avant 19h après 20h55 de course et plus de 4900m d+ depuis le départ. Gassin est un petit village tout à fait sympathique où les habitants se sont mobilisés pour tenir le poste de ravitaillement. La nuit va arriver, je change de chaussures et de t-shirt. La frontale est à portée de main. Allons-y.


La dernière section est très roulante. Nous avançons bien, du moins aussi vite que possible. Les maisons et les axes routiers deviennent de plus en plus fréquents. Nul doute, nous nous rapprochons de plus en plus de la ville. Grimaud est tout près. La nuit commence à tomber, nous ressortons les frontales. Un dernier effort, en longeant la route, pour atteindre le complexe sportif des Blaquières.

J'arrive sous l'arche d'arrivée à 21h11 (après 23h11 de course) en 23ème position après 161km et 5100m d+.

Nous étions 129 au départ, nous ne serons que 82 à l'arrivée.



Voir Strava ici.


Dimanche 12 avril

Nous quittons l'appartement vers 10h30 du matin, direction Saint-Tropez. Nous profitons de ce temps idéal pour nous balader sur les quais du port et sur les berges bordant les maisons aux couleurs jaune-orangée. Là encore, la masse des touristes n'est pas encore arrivée et nous avons le luxe de pouvoir profiter pleinement de la beauté du lieu en toute quiétude. Bonus, à midi nous déjeunons dans un restaurant typique. Soupe de poissons pêcher le matin même, moules-frites et en dessert, la fameuse tarte tropézienne. Que du luxe. Nous nous embourgeoisons. Les vacances finissent parfaitement bien. Vivement les prochaines !



©Antoine Au-Job

 
 
 

Commentaires


​

  • Facebook
  • Instagram
  • En savoir plus

© 2024 par Mon site. Créé avec Wix.com

bottom of page